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CONFERENCE DE PRESSE - LE BAC EN EUSKARA!

Soumis par editorea le

Par cette conférence de presse, nous souhaitons vous faire part de notre inquiétude concernant l’évolution de l’enseignement en basque au Pays Basque nord.

Après deux décennies d’évolution positive, le développement de l’enseignement en langue basque connaît aujourd’hui une inflexion. Au regard des chiffres fournis par l’Office Public de la langue basque, la rentrée 2025-2026 a pointé un ralentissement de l’évolution de l’enseignement en langue basque sous toutes ses formes.

Alors que l’objectif affiché par les pouvoirs publics est d’augmenter le nombre de locuteurs bascophones de 40 000 personnes d’ici 2050, notamment par la formation de locuteurs complets issus de l’enseignement, les moyens ne sont pas en phase avec les objectifs affichés.

Alors que la population du Pays Basque augmente inexorablement chaque année, à la rentrée de septembre 2025, les effectifs ont baissé dans l’enseignement en général, mais également dans les classes primaires des trois filières bilingues et immersives (public, privé, Seaska) : 10 821 élèves en primaire bilingue en septembre 2024, contre 10 709 élèves en 2025 (-112 élèves). Même si le pourcentage se maintient (44.6% en 2024, 44.8% en 2025), la baisse des effectifs est très inquiétante pour l’avenir de notre langue.

Au niveau des collèges, les écoles bilingues publiques et privées souffrent d’un manque de moyens et de volonté pour l’ouverture de nouvelles Disciplines Non Linguistiques en langue basque. Seulement 22.5% des collégiens suivent un enseignement à parité horaire ou immersif. Concernant le lycée, les chiffres de l’enseignement en langue basque sont en légère augmentation, mais ne représentent que 14,4% des lycéens, en recul par rapport à la rentrée précédente (14,8% en 2024). Ces chiffres ne permettent pas d’espérer l’évolution escomptée pour arriver au 30% de locuteurs à l’horizon 2050 souhaité par les pouvoirs publics.

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irakaskuntza iparaldean 2026

 

Certes, cette tendance est marquée par des taux de natalité à la baisse, mais également par un manque de volonté de l’Education nationale d’octroyer de nouveaux moyens quantitatifs et qualitatifs à l’enseignement en basque. Des efforts considérables doivent être entrepris afin d’améliorer le passage du primaire au collège, et du collège au lycée.

La réforme du baccalauréat n’est pas étrangère à cette stagnation des effectifs qui n’évoluent plus dans le secondaire. 

Jusqu’à la réforme Blanquer de 2019, la possibilité de passer les épreuves d’Histoire-Géographie et de mathématiques du baccalauréat en euskara a permis le développement de l’enseignement de ces Disciplines Non Linguistiques (DNL) en langues régionales dans les lycées, publics ou privés, des territoires concernés. L’interdiction récente de l’usage des langues régionales au baccalauréat a par contre fait reculer ou n’a pas permis de développer l’enseignement des DNL en euskara.

La création d’une spécialité « langue et culture régionale » n’a pas eu le résultat escompté. Au contraire, mise en concurrence avec d’autres matières, comme les mathématiques ou les sciences économiques et sociales, cette spécialité n’est pas ouverte dans la majorité des établissements et n’est que peu fréquentée. A l’heure de Parcoursup, l’apprentissage en langue basque est dévalorisé et les lycéens délaissent la filière bilingue, ce qui est une catastrophe pour la langue basque.

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Kopuruak BM 2026

 

Le ministre de l’Education Edouard Geffray a lui-même reconnu face aux parlementaires du Pays Basque le 12 janvier dernier les conséquences négatives de la réforme du lycée de 2019 pour les langues minorisées. Il a annoncé une réflexion pour définir un cadre spécifique pour les langues dites régionales… mais à l’horizon 2027…

Le Recteur Jean Marc Huart dès son arrivée au mois d’avril 2025 à l’Académie de Bordeaux, constatant que « 44 % des élèves suivent un enseignement bilingue à l’école primaire au Pays Basque, 24 % au collège et 10 % au lycée », il précisait qu’ un des points qu’il souhaite aborder, « c’est comment nous pourrions passer, dans la poursuite des études, d’une évolution qui est aujourd’hui pyramidale à quelque chose de plus cylindrique, de manière à avoir des élèves qui poursuivent au collège, puis au lycée ». Fort de ce constat, il affirmait au mois d’avril, lors de son déplacement au Pays Basque qu' il est important que les élèves qui apprennent en langue basque puissent passer les examens en cette langue et valoriser leur apprentissage dans les examens ». Il s’engageait ainsi devant toute la presse du Pays Basque, à « des avancées » sur la question des examens. A ce jour, il n’en est rien. Au contraire, si lors de la session du Grand Oral de juin 2024, des lycéens des filières bilingues avaient pu s’exprimer en partie en langue basque, cela n’a plus été possible en juin 2025, car les correcteurs bilingues n’ont pas été convoqués pour les jurys du Grand Oral. 

 

Des paroles aux actes

La langue de passage des examens est stratégique pour nos élèves. L’interdire est également un signe de mépris tant pour eux que pour les enseignants qui ont choisi la filière bilingue ou immersive. 

C’est un recul de la politique linguistique incompréhensible. 

Les sénateurs Max Brisson et Karine Daniel préconisent dans leur rapport sur la loi Molac de « Permettre aux élèves volontaires de passer en langue régionale la nouvelle épreuve anticipée de mathématiques du baccalauréat. Élargir cette possibilité aux spécialités ou au grand oral ».

Ce rapport a été adopté à l’unanimité (sauf une abstention) par la Commission Culture du Sénat le 15 octobre 2025.

C’est pourquoi nous, associations de parents d’élèves de l’enseignement public, privé, bilingue et immersif, demandons que soit autorisée à titre expérimental la possibilité de passer la nouvelle épreuve anticipée du baccalauréat en mathématiques en euskara dès sa mise en place en juin 2026, sans attendre 2027. Cela s’est fait de 2012 à 2019, il n’y a aucune raison de l’interdire aujourd’hui.

Nous demandons également d’autoriser la possibilité pour les lycéens qui le souhaitent de passer une partie de l’épreuve du Grand Oral en euskara dès ce mois de juin, en organisant des jurys bilingues. 

Seaska doit rencontrer le Recteur le 2 avril prochain à Bordeaux. Nous espérons que ces demandes unanimes en Pays Basque seront entendues à Bordeaux et à Paris, et que le Recteur respectera la parole donnée : Hitza Hitz, Baxoa Euskaraz !

 

Baiona, 26.03.26

 

Prentsaurrekoa baxoa euskaraz 2026